Tout au long de la côte d’Albâtre s’élèvent d’imposantes falaises blanches qui font face à la mer. A leurs pieds, des millions de galets sculptés par les flots se reposent. Et si ces géantes étaient directement liées à ces petits galets, qui se révèlent bien plus utiles qu’on ne le pense ? Vous aurez la réponse dans cet article.

La côte d’Albâtre s’étend sur 130 kilomètres, du Havre au Tréport, et possède des falaises mesurant de 30 à 100 mètres de haut. La partie rocheuse qui compose la majorité de la falaise est constituée d’une alternance de couches de craie et de silex, au sommet, on retrouve une couche d’argile, qui permet la présence de végétation. Cette composition singulière s’explique par la présence de la mer, au Crétacé sur ces lieux, les coccolithes, de petits coquillages présents à cette époque sont agglomérés et composent la craie, les espaces minuscules entre ces coquillages expliquent la nature poreuse de cette roche. 

Les falaises ne sont pas partout les mêmes, elles peuvent être plus en pic, en pentes ou plates, et cela a un rapport avec leur composition. Par exemple, les falaises plus en pentes possèdent une couche plus importante d’argile, propice au glissement de terrains lors des intempéries. 

Sous les effets de l’érosion, la dégradation des roches, les falaises vont subir des éboulements et reculer peu à peu. En Normandie, l’érosion est due à divers facteurs : tout d’abord, la mer, à marée haute se jette directement sur le flanc des falaises, ce mouvement à répétition tend à les creuser et donc les fragiliser ; de plus, la mer peut projeter des galets contre la falaise entraînant ainsi des impacts, ces deux facteurs sont ceux de l’érosion marine. Toutefois, d’autres éléments entrent en jeu, comme l’érosion biologique engendrée par des organismes tels que des vers ou les coquillages pholades qui vont dégrader le platier rocheux sur lequel reposent les dites falaises. Enfin, le facteur le plus important de l’érosion est celui de la météo. En effet, lors des pluies, l’eau passe à travers la couche d’argile et s’infiltre dans le pierre, profitant de la porosité de la craie; lorsqu’il fait assez froid, cette eau gèle et maintient la falaise; cependant lorsque les températures remontent, l’eau dégèle et fragilise grandement les falaises. 

Ce phénomène, appelé érosion continentale survint normalement au printemps, mais, avec le réchauffement climatique peut se produire de plus en plus en hiver lors d’un coup de chaleur. Il est à l’origine de la majorité des éboulements et chaque année, la côte d’Albâtre recule d’en moyenne 10 à 20 centimètres, ce qui constitue un vrai défi pour l’urbanisme puisqu’il n’est pas possible de construire des routes ou habitations trop proches du flanc de falaise.

Après ces éboulements, de gros blocs de craie et de silex sont rendus à la mer. Les premiers, poreux, vont se dégrader rapidement, toutefois les seconds, très résistants, vont être réduits polis par la mer pendant une dizaine d’années pour enfin être déposés sur les plages de Normandie. Ces galets sont sans cesse déplacés par les flots et peuvent arriver jusqu’en Baie de Somme par le biais du courant. 

Ces milliers de galets se révèlent bien plus utiles qu’on peut le penser ! En effet, ils sont utilisés et même indispensables dans de nombreux domaines, toutefois, leur formation naturelle prend du temps, ce qui explique les réglementations qui entourent leur collecte : dans beaucoup de plages, leur collecte est interdite. Pourtant, avant d’avoir une utilité pour l’être humain, ils se dressent en barrière protectrice pour les falaises. Les galets sont utilisés sous trois formes différentes : leur forme brute sers au broyage, leur forme arrondie, leur résistance et leur petite taille permet de remplacer les billes métalliques normalement utilisées lorsqu’il faut broyer des produits destinés à la peau ou à être ingérés, comme les médicaments ou le maquillage. Au contraire du métal, les galets ne laissent aucun résidu sur les produits ! Les galets sombres peuvent être calcinés à plus de 1500°C, ils arborent dès lors une couleur très blanche, sans perdre de leur résistance. Ce pigment peut être utilisé dans la peinture, le dentifrice, des poudres ou des crèmes. Enfin, leur forme concassée sert dans le domaine de la construction, présente dans le béton, le sablage ou encore le papier de verre : même réduit en petits morceaux, les galets restent très résistants !

Mona Siblot