Un article proposé par Mona Siblot et Eléa Manière dans le cadre d’un dossier de la rédaction : l’homogamie sous tous ses angles

Ce 23 janvier 2023, l’Institut National des Statistiques et des Études Économiques a publié un rapport sur l’homogamie sociale en France. Le constat est clair : l’homogamie, ce phénomène qui consiste à vivre en couple avec une personne du même groupe social, est toujours très implanté en France.

Cette étude nous apprend que : « Dans 4 couples sur 10, les deux conjoints appartiennent au même groupe social », de plus, cette valeur reste globalement constante sur les vingt dernières années. On peut expliquer cette tendance grâce à deux facteurs : la composante structurelle et la composante comportementale. La première désigne les facteurs environnementaux qui conditionnent la rencontre et l’union de deux individus. En effet, d’après Statista, 28% des couples se sont rencontrés dans le cadre scolaire, des études ou du travail. D’un autre côté, la composante comportementale désigne l’attirance pour les mêmes attributs sociaux (culture, habitudes, savoir vivre).

Toutefois, ce phénomène est encore plus marqué dans deux cas de figure précis : chez les indépendants (22 fois plus élevés chez les agriculteurs et artisans et 9 fois élevé chez les médecins et avocats) ainsi que dans la catégorie d’emploi supérieur.

On retrouve, en effet, chez les classes supérieures, une certaine ségrégation sociale : les populations bourgeoises ont tendance à se tenir à l’écart de celles moins aisées. Attirées par un grand capital culturel et des habitudes similaires, ces dernières tendent à favoriser l’entre-soi et la reproduction sociale. Ce comportement est favorisé par la tenue de salons de rencontre pour adolescents aisés, pratique que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, comme héritage des mariages arrangés.

Par conséquent, ce manque de mixité sociale renforce le pouvoir de la classe supérieure et creuse les inégalités, tout en rendant les échanges culturels plus ardus. Il complexifie encore plus l’accès aux métiers dits « supérieurs » pour les personnes originaires des classes populaires, et remet en cause l’existence de l’égalité des chances.

Par ailleurs, une autre statistique a attiré notre attention : « 42% des femmes en couple occupent une position sociale moins élevée que leur conjoint […] contre 20% des hommes ». Ces chiffres parlent d’eux-mêmes, le schéma traditionnel du couple, hérité du modèle patriarcal, est toujours très présent. De plus dans, 5% des couples, un conjoint n’a jamais travaillé et ce conjoint en question est encore très majoritairement une femme. Comme quoi, le chemin vers l’égalité est encore long…