Un article proposé par Mona Siblot

Selon le sondage Focus 2030, seuls 40% des Français se déclarent féministes. Pourtant, ce mouvement ne date pas d’hier et toutes ses branches visent un objectif simple : l’égalité des genres. La question est donc la suivante : pourquoi le féminisme est-il encore si peu répandu et les médias auraient-ils un lien avec ces statistiques ? À vous de découvrir les réponses à travers cette analyse de la représentation des féminismes dans différents médias.

Quand le féminisme est noyé par l’info

Lorsqu’on allume la télévision ou la radio une question peut se poser : mais où sont les femmes ? En effet, les femmes sont présentes sur les plateaux 44% du temps, mais pour 36% de temps de parole seulement. Face à cette inégalité on peut bien imaginer que la question féministe passe la plus grande partie du temps au second plan, noyée par des informations jugées plus importantes. En effet, les rares fois où le féminisme est abordé sur les plateaux sont certaines dates clés comme le 8 mars, et les questions abordées sont surtout relatives à l’égalité salariale, à la parité ou encore à l’écriture inclusive, ce qui ne représente qu’une petite partie des sujets de lutte féministes. Cependant, France TV propose tout de même des programmes qui déconstruisent certains stéréotypes de genre avec les séries de documentaires Liberté, égalité, féminité ou la série Dix Pour Cent.

Féminisme pop, soumis aux marchés ?

Le « féminisme pop » englobe tous les éléments de culture pop qui portent des messages féministes. On y retrouve le monde de la musique avec des stars comme Angèle, Rihanna et Beyonce ou encore le cinéma avec Wonder Woman ou Birds of Prey.

 » Who run the world ? GIRLS ! ». Queen B, ouvertement afroféministe et icône du « girl power », s’est réapproprié l’image du corps féminin pour en faire une arme. Elle est devenue une représentation mondialement connue de femme influente, de pouvoir, à la tête d’une entreprise.

 

Le marché n’a pas tardé à se rendre compte du potentiel économique de ce mouvement. C’est pourquoi on parle aujourd’hui de « féminisme washing », soit l’action de mettre en avant un message féministe dans le seul but de faire vendre. On peut par exemple se demander si le film Barbie, qui a cumulé 5,8 millions d’entrées en France, n’utiliserait pas un message féministe, qui plus est plutôt convenu, comme outil pour relancer les ventes de l’entreprise Mattel. En comparaison, Les Filles du Docteur March, de Greta Gerwig, la même réalisatrice que Barbie, a cumulé 786 000 entrées, chiffre ridicule comparé au premier alors que les deux films possédaient un casting de grande qualité. Comme quoi, le féminisme vend, mais mieux quand il est aux côtés d’une grande entreprise

Des « safe places » contre un environnement hostile

La presse de droite et d’extrême-droite ont le féminisme dans le viseur… Cette année, Le Figaro titre « Et si les femmes ne devaient rien au féminisme ? » ou encore « Le féminisme est-il obsolète ? », titres destinés à générer du clic bien sûr, mais aussi à décrédibiliser le féminisme. En effet, Le Figaro a comme ennemi juré le supposé dangereux et fanatique « wokisme », un terme utilisé pour critiquer de multiples luttes comme certains types de féminismes, notamment le féminisme intersectionnel, qui consiste à quitter une vision occidentalo-centrée du féminisme et à croiser les luttes en mêlant féminisme, antiracisme et LGBTQIA+.

 

Pourtant, Le Figaro est loin d’être le seul. Valeurs Actuelles a déjà titré, « Comment les féministes sont devenues folles » ou « Comment le féminisme se laisse gangrener par le progressisme. Du côté des journaux polémiques, Le Causeur illustre sobrement sa une d’une femme à tronçonneuse accompagnée par un titre simple, sans exagération… : « La Terreur Féministe Ces journaux, nostalgiques de la belle époque d’Elisabeth Badinter et de Catherine Deneuve (qui a défendu la « liberté de se faire importuner » !) considèrent les mouvements les plus récents comme du « faux-féminisme ».

Face à cette animosité, il existe néanmoins des journaux bel et bien féministes comme Causette, La Déferlante ou Les Glorieuses, qui fournissent de l’info diversifiée, culturelle, sportive, politique, pop… Ils s’inscrivent dans la lignée des journaux de Suffragettes car, depuis 1832 et La Femme libre, Apostolat des femmes, les journaux féministes, bien que minoritaires, n’ont jamais vraiment cessé d’exister

D’autre part, une nouvelle « trend » florit sur les réseaux, notamment sur TikTok. C’est celle des extraits de podcast de quelques secondes, faits par des « hommes, des vrais » tantôt mâle alpha, tantôt coach en séduction qui se rassemblent entre « mecs » pour mettre en lumière la « vérité sur les femmes », ou combattre les femmes « toxiques et manipulatrices » en affirmant leur « virilité ». Au programme : sexisme, racisme, homophobie, grossophobie, validisme… Tout le monde y passe ! Ces « Podcasts bro », prennent d’assaut les plateformes de podcast comme Spotify et Apple Music, ainsi que les réseaux sociaux. Aujourd’hui, le #Freshandfit cumule 1,8 milliards de vidéos sur Tik Tok ! Les figures de proue de ce mouvement sont Myron Gaines (437k abonnés sur Instagram) et Walter Weekes (1,3M d’abonnés sur Instagram), directement inspirés par le « grand » Andrew Tate… actuellement inculpé pour viols, traite d’êtres humains et blanchiment d’argent.

Face à ce torrent de haine, des « safe places » (lieux sûrs), féministes et « queer friendly » ont vu le jour, que ce soit sous la forme de podcasts ou comptes sur les réseaux sociaux. Parmi ces féministes engagées, on retrouve une nouvelle génération d’humoristes comme Tanhee, Tania Dutel ou encore Laura Domenge, qui s’approprient peu à peu la scène du stand up, longtemps dominée par les hommes.

Réseaux sociaux :  le théâtre de multiples opinions

Les réseaux sociaux peuvent cependant s’avérer aussi bénéfiques que toxiques, puisque c’est par eux que le féminisme s’est le plus développé ces dernières années. En effet, les réseaux sociaux permettent d’atteindre un nombre de personnes bien plus élevé que les autres types de médias, autant grâce à leur gratuité et leur facilité d’utilisation que par la vitesse folle à laquelle les infos sont diffusées. Toutefois ces milieux restent créés par les hommes et dominés par ces-derniers : sur Youtube, seuls 8% des créateur.ice.s de contenu sont des femmes et dans le top 100 des youtubeurs les plus suivis de France, on retrouve seulement 5 femmes.Du côté d’Instagram, 68 % du contenu propage des stéréotypes de genre, 27 % contient des propos à caractère sexuel et 22 % des propos à caractère sexiste… De tels chiffres s’expliquent par le fonctionnement de l’algorithme. Effectivement, celui-ci peut censurer sans raisons des comptes féministes, les soumettre au « shadowban » (invisibilisation par l’algorithme) ou tout simplement les suspendre. Néanmoins, de nombreux comptes féministes et militants subsistent comme @noustoutes.org, @preparez_vous_pour_la_bagarre, qui corrige le discours sexiste et antiféministe des médias, ou encore @camilletjustine, qui analysent l’actualité sur un ton humoristique.

Certaines dissidences persistent pourtant, même au sein d’un milieu plutôt jeune, radical et soudé des féministes sur ces réseaux. Par exemple, Dora Moutot, créatrice du compte Instagram @tasjoui, suivi par 467k followers, a été sujette à une vive polémique au sujet de la question de l’identité de genre : sa vision du féminisme ne reconnait pas les femmes transgenres comme de vraies femmes. À la suite de certains propos transphobes, elle a été catégorisée comme TERF (Trans Exclusionnary Radical Feminist) par les autres militant.e.s et beaucoup se sont désolidarisées de son propos. Elle crée alors avec Marguerite Stern, ex-FEMEN, le mouvement des « femellistes » afin de défendre leur vision essentialiste d’une pseudo « nature » féminine.

Mais c’est avec Twitter, ou plutôt X, que l’on retrouve les plus grands paradoxes avec, d’une part 62% des utilisatrices victimes de tweets abusifs, et d’autre part le berceau d’un militantisme moderne, basé sur les témoignages et l’expérience personnelle de millions de femmes, transmis par des hashtags comme #MeToo, #BalanceTonPorc ou encore #PayeTonUtérus.

De manière plus générale, les réseaux sociaux ont permis d’introduire et de vulgariser des termes comme « mansplaining », « mansterrupting », « charge mentale » ou encore « male gaze ». Ils sont un moyen d’éducation, de militantisme et de diffusion grâce à la visibilité internationale qu’ils peuvent procurer. Malgré les répressions qu’ils peuvent engendrer, les réseaux restent l’outil et l’arme la plus efficace des féminismes modernes.

Mona Siblot